• O₽A, O₽AE, Opera, Primaziale: qu’est-ce que ça veut dire?
    Federico Bonucci e Renato Mariani Pisano
    Traduction de Silvia Gentileschi, Sandra Peschisolido, Alessandra Antonelli


            Les touristes - mais aussi les pisans - très souvent se demandent ce que veulent dire tous ces mots. On les voit partout : à la Place du Dôme mais aussi en ville.

            “Opera” (du latin opus, operis) c'est un synonyme du mot “fabbriceria”, ou “fabbrica” et il se trouve dans le milieu toscan et ombrien. Il indique un établissement ecclésiastique, composé soit par des religieux soit par des laïques, et il est reconnu en Italie à tous les effets comme une personnalité juridique soumise au contrôle de l’état. D’après notre loi une “opera” est destinée à gérer les ressources financières d’une église allouées pour l'entretien des bâtiments et pour les frais du culte. Le mot "fabbriceria" vient du latin "fabbriciere" (fabricants), c’est-à-dire des personnes qui dirigent et qui participent aux activités de la "fabbrica" (fabrique). Ce dernier mot, à son tour, vient du latin “fabrica”: bâtiment utilisé comme un atelier de fabrication où le faber (l'artisan) travaille.
    Souvent au lieu d'Opera on écrit l’abréviation O₽A, où le symbole est la contraction médiévale («Huiusmodi autem titulis subtus linearibus sic breviantur sillabe» ...) de la syllabe PER. Donc, OA = OPERA. Souvent on trouve aussi O₽AE (ou O₽E), qui est simplement son génitif : OPERAE, c'est à dire de l'"Opera", qui appartient à la Fabrique. E c’est la diphtongue AE: OPERAE. À Pise on a le génitif, par contre, à Sienne est abrégé au nominatif, O₽A. Sur les inscriptions funéraires et dans les documents anciens le symbole O₽A est transcrit avec une ligne qui peut être droite ou bien avec d’autres formes. Toutes possibilités et combinaisons sont présentes dans le traité médiéval d'anonyme "De cautelis breviationibus et punctis circa scripturam observandis". Malheureusement, quelqu'un raconte que “O₽AE” et “O₽E” serait l'acronyme de Opera Primaziale Edificante. Bien sûr c’est une grande invention, du moment que, après tout ce que l’on vient d'expliquer, O₽A et O₽AE ne sont pas des acronymes, c'est à dire des mots formés par les initiales de plusieurs mots, mais ils sont la contraction d'un seul mot, "OPERA"! Un exemple semblable, dans la langue française, on le trouve avec l’expression «à PLUS (tard)» qui peut être texté «à +». Cette abréviation on la trouve aussi bien en latin qu'en italien : par exemple, une tombe du Campo Santo Monumentale (le Cimetière Monumental) nous montre l’invocation : "DIO LO DONI", c'est à dire QUE DIEU LE PARDONNE. Et cela explique pourquoi on ne peut pas lire “O₽A” et “O₽AE” tout simplement comme /OPA/ ou /OPE/ mais plutôt /OPERA/ et /OPERE/.
    En ce qui concerne l'origine et la signification de la Fabrique de la Cathédrale de Pise, il faut penser que dans l'église ancienne, son patrimoine financier était géré par les évêques. Les bénéfices, d’après les dispositions des papes Simplice et Gélase I (Vᵉ siècle), étaient partagés en quatre parties : une destinée à l'évêque, la deuxième au clergé du diocèse, la troisième pour les pauvres et la quatrième pour la "fabbriceria" de l’église (portio fabricae). Une “portio fabricae” normalement était utilisée pour l'entretien du bâtiment (sarta tecta) et aussi pour son clergé (luminaria ecclesiae). L'église a créé des normes pour les institutions de "fabbricerie" pour la première fois avec le Concile de Trente (c. 9, XII, en réf.). En Italie la législation précédant l'unification du Royaume (1861) a créé plusieurs sortes de "fabbricerie" qui existent encore. Elles sont différentes en raison du milieu où elles ont été fondées, donc on a, par exemple en Sicile, les "maramme" (réglées par une législation du XVe siècle); à Naples on trouve les "cappelle"; en Toscane les "opere"; ailleurs on les appelle simplement "fabbricerie". D’après la loi actuelle ce sont des “établissements laïques délégués par l'église et qui font parties du corps confessionnel”. En Toscane il est encore possible de trouver plusieurs "opéré", comme l’“Opera della Metropolitana” de Sienne, ou l'“Opera di Santa Croce” à Florence et l' “Opera della Primaziale” à Pise.

    Et voilà qu’on rencontre un autre mot intéressant : PRIMAZIALE.

            “Primaziale” c’est l’adjectif du mot italien “Primate” (du bas latin primas, -atis, celui qui est au premier rang, en français “PRIMAT”) et il indique un titre d’un ecclésiastique titulaire d’un siège épiscopal. Dans notre cas, le Primat est l'Archevêque de Pise, qui a la primauté (autorité souveraine) sur la Corse et sur la Sardaigne: ce titre a été donné en conséquence des nombreuses propriétés que les pisans avaient dans ces régions au Moyen-âge (Par la bulle Si sua cuique de 1198, Innocent III reconnaît à l'archevêque de Pise, Ubald, et à ses successeurs le titre de primat, avec juridiction sur la Sardaigne et la Corse ) . L'église cathédrale (Cathédrale du lat. cathĕdra, gr. kαϑέδρα “siège”) de Pise est donc l'église du Primat, c'est à dire l'église primatiale pisane. Une PRIMATIE, du latin prima sedes episcoporum (premier siège des évêques) est gérée par une institution; par exemple l'Opera de (l'église) Primaziale Pisana. Primatiale donc, est un adjectif relatif à l'église et non au mot “Opera”. Une faute est aussi de dire: "Opera Primaziale". En effet, nous pourrions parler de “Opera du Dôme”, expression équivalente et correcte. À Pise, Dôme, Cathédrale et Primatiale sont tous des synonymes.

            “Duomo” (Dôme) il vient de domus ecclesiae, c'est à dire maison de l'assemblée chrétienne.

            Donc, en disant Opera Primaziale c’est l’équivalent de Opera Dôme: ça veut rien dire!

    En disant Opera Primaziale du Dôme c'était comme si on disait Opera du Dôme du Dôme: encore pire...

            Malheureusement 99% des pisans font cette faute, et certains le prononce avec un R de plus, qui est encore plus incroyable : et voilà que l'on découvre la primaRtiale, qui, en italien sonne un peu comme "art martial", et qui n'a rien à voir avec notre Cathédrale !

            Après tous ce que l’on vient de dire, si nous voulions utiliser un synonyme du mot "Opera" il serait bien de choisir le mot italien "fabbriceria", et non "primaziale".
            -"Où travailles-tu?"
            -"Chez Prima(r)tiale: FAUX.
            -"A l'Opera du Dôme, soit à l'Opera de la Primatiale: CORRECT.

            Finalement, on voudrait parler de l'expression "Place des Miracles", attribuée au poète italien Gabriele D'Annunzio. Elle est très répandue chez les touristes mais, elle n'est pas correcte. En effet, pour être plus précis, le "Vate" (Gabriele D’Annunzio) dans son roman "Peut être que, peut être que non", il parle du "Jardin des miracles" et pas de "place".

            Encore pire c'est de l'appeler "CHAMP des miracles" (on l’entend dire par des guides aussi): le Champ des Miracles est un champ imaginaire des aventures de Pinocchio, dans lequel la marionnette va semer ses quatre pièces d'or avec le Renard et le Chat. Peut-être, on fait tout un mélange avec la Place du Champ ("Piazza del Campo") qui, par contre, se trouve à Sienne et pas à Pise...

            Alors, appelons-la simplement avec son vrai nom: Place du Dôme ("Piazza del Duomo"), le lieu qui accueille les monuments et les musées gérés par l'Opera du Dôme, soit l'Opera de la Primatiale Pisane!

    N.B. Pour tous renseignements concernant l'Opera du Dôme, les monuments de la Place du Dôme etc., on peut consulter le site officiel:
    www.opapisa.it
            À suivre des exemples de la contraction O₽AE et O₽E, repérées à la Place du Dôme.